Mes Coups de Coeur Culturels et bien d'autres...

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" CRIME ET CHATIMENT " de Dostoïevski *

 

Disons-le tout de suite, c’est une excellente surprise que nous réserve le Théâtre de l’Atalante car, adapter pour la scène un chef-d’œuvre de la littérature russe n’allait pas de soi, et le résultat est à la fois fluide et intense.

Même si vos souvenirs de Crime et châtiment sont un peu lointains, vous reconnaîtrez sans aucun doute dans cette pièce les questionnements essentiels du roman de Dostoïevski. Le droit à disposer de la vie d’autrui au nom de l’intérêt général (bien souvent un fallacieux prétexte); la misère qui bien que n’étant « pas un vice » peut conduire aux pires extrémités; la justice – humaine -, à défaut d’être divine. Sans oublier le questionnement sur le mal : par qui s’incarne-t-il, en la circonstance ? Par l’usurière impitoyable ou bien par l’ancien étudiant exalté Raskolnokov, qui l’assassine, au motif qu’il la considère comme « un pou » nuisible ? Et, qui plus est, pour couvrir son crime, tuera une innocente !

Il est des questionnements dont on a du mal à trouver des réponses.

Celle de Sonia, la prostituée à la pureté miraculeusement préservée qui considère que « le pou » était avant tout un être humain et que, n’étant pas Dieu, Raskolnokov n’avait pas droit de vie ou de mort sur l’usurière. Même au nom de l’idéologie la plus humaniste qui soit. Même au nom des cheminements psychologiques complexes.

Cinq personnages s’affrontent dans une tension de plus en plus palpable.

Une usurière qui exploite la misère du monde; son meurtrier, Raskolnokov qui refuse que sa sœur fasse un mariage d’argent et se prostitue pour lui ; un riche individu qui assassine sa femme par amour; Sonia, une jeune fille qui se vend pour nourrir sa famille. Et, enfin, un juge d’instruction terriblement diabolique sous une apparence débonnaire.

Assumant plusieurs rôles, dans des costumes multiples et variés, ces comédiens sont de bout en bout  impeccables. Dominique Jacquet, Loredana Von Allmen, Romain Lagarde, Mathieu Loth. Soulignons l’interprétation de Franck Michaux, habité et investi totalement par un Raskolnikov torturé jusqu’à la folie.

                                   

                                                         Une lumière onirique

                           

                                                dans une altération de la pensée…

Ici le spectacle est rythmé par l’ingéniosité d’un décor épuré, architecturé, à l’instar du mouvement appelé Le constructivisme, art officiel de la révolution russe. Un espace scénique mobile qui pivote, parfois jusqu’au tourbillon, reflet de la raison vacillante d’un Raskolnikov perdu. Une ingéniosité scénique emmenant le spectateur dans des lieux différents mais au fond tellement similaires, comme s’il n’y avait pas d’échappatoire possible, pas de refuge, nulle part...

Le dessein audacieux de Benjamin Knobil était de mettre en exergue, par son travail d’adaptation, l’actualité du roman de Dostoïevski. Pari pleinement réussi ! Puisque, de nos jours, ne voit-on pas encore la misère qui conduit au désespoir, à la résignation ou à la révolte, selon le tempérament des uns et des autres ? L’argent qui corrompt tout ? Une société de plus en plus morcelée et violente ?...

Voilà une pièce qui nous envahit par une foultitude de questions, dont les enjeux philosophiques soulevés dépassent  les êtres humains que nous sommes dans toute notre vulnérabilité, à l’image de Raskolnikov, ce héros du chef d’œuvre d’un Dostoïevski avant-gardiste.

Un rendez-vous théâtral à ne pas manquer.

Vous connaissez sans doute le bel édifice du Théâtre de l’Atelier, place Charles Dullin alors, contournez-le et, lové au fond de la place, découvrez le discret Théâtre de l’Atalante : un petit espace, mais qui le prouve, peut accueillir de grandes pièces !

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* Théâtre de l’Atalante, 10 place Charles Dullin 75018 Paris.
       Réservations : 01 46 06 11 90 /
http://www.theatre-latalante.com

      Jusqu’au 9 février 2013

 

 

                                                                                              Article écrit à quatre mains.

                                                                          Sandrine Cambou et Lydie- Léa Chaize



22/01/2014
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